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mercredi 19 septembre 2012

Auto Stop, loi d'attraction et industrie de la viande

Depuis toute petite, j'entends parler de viols et d'agressions de jeunes filles à la télévision ou à la radio. En bons protecteurs, mes parents me demandaient de toujours rentrer accompagnée quand je sortais voir des amis à l'adolescence. C'était un bon prétexte pour obliger mon copain de l'époque à ne pas manquer une seule fois ce trajet... Quel monde bâti sur des peurs!!!

A la vingtaine environ, j'ai arrêté d'écouter la radio, la télévision m'intéressait de moins en moins, et pour cause, je pense que je ressentais déjà ce que je compris plus tard: ces tsunamis d'informations que nous recevons tous les jours nous mettent dans un état de peur, de culpabilité, d'insécurité... De nature joyeuse et optimiste, c'est tout naturellement que j'ai peu à peu arrêté cette lobotomisation des médias, sous le regard critique de la famille et des amis qui se sentaient socialement obligés d'être au courant de tout ce qui se passait dans le monde. Peu importe, je n'éprouvais plus aucun intérêt à cela: les informations principales me parvenaient par le biais des discussions et je gagnais ainsi du temps et un pouvoir d'action bien supérieur (à quoi cela sert de tout vouloir savoir si on ne peut agir?).

santé mentale et société malade

Plus de cinq ans plus tard, je passais un cap supplémentaire à travers cette dimension de peur dans laquelle notre société baigne constamment. C'est avec l'aide d'une amie que je découvrais les joies de l'auto stop :) (très bon article à ce propos: éloge de l'auto stop). Premier baptême: nous décidions d'aller visiter un lieu alternatif, Le Viel Audon. Situé dans un endroit totalement paumé, à 2h30 de route, c'était un test idéal pour moi. Nous sommes parties le matin pour arriver en moins de 3h à Balazuc, emplies d'une énergie de liberté et de joie pour les rencontres faites et la vitesse que nous avions mis pour y parvenir!

Auto stop et loi d'attraction

Peu de temps après cette première expérience, je décidais de franchir le pas de faire du stop toute seule. Les épaules lourdes de toutes les peurs projetées par mon entourage, j'avais au fond de moi la conviction que rien ne pouvait m'arriver. A l'époque, je ne m'intéressai que de loin à la loi d'attraction mais j'avais une confiance en la vie de plus en plus grande, et je sentais que les énergies de joie et de confiance que je dégageai, empêcheraient tout être mal attentionné de me toucher: il y aurait eu tout simplement incompatibilité d'énergie!

C'est à l'occasion d'un rassemblement de copains en Suisse que je partis, chargée d'un petit sac, sur la route, seule. Et là, je découvris que le stop était un formidable outil permettant d'expérimenter la loi d'attraction (tel que je l'analysai plus tard). Loin de tomber sur des fous à lier voire même des personnes ordinaires, je fus tout d'abord prise par une jeune femme, architecte d'intérieur à son compte (je suis ingénieur dans le bâtiment, entrepreneuse dans l'âme), qui me racontait comme elle était esclave de son travail (nécessité de toujours faire croître la boîte pour garder des clients en confiance), qu'elle cherchait une solution pour sortir de ce cercle vicieux. J'étais à l'époque, justement en train de réfléchir à quitter ma boîte pour en monter éventuellement une autre. Merci pour ce message que je n'oublierai jamais: même patron, tu restes esclave de la société dans le système actuel... Autre détail intéressant, cette femme me racontait qu'elle avait pu mettre ses enfants en école alternative. C'est la première fois que je rencontrai une personne qui pouvait me parler de son expérience là dessus (aujourd'hui, j'ai de plus en plus de contact avec de telles personnes, sûrement que je vais avoir quelque chose à faire dans ce domaine). En tous cas, elle était ravie de l'enseignement de ces écoles, mais regrettait qu'ils ne se poursuivent pas au delà de la primaire/lycée. Le retour en système classique a été un véritable choc pour ses enfants... Intéressant!

Cette femme me laissa à la frontière Genevoise, et je relevais à nouveau mon pouce pour trouver mon prochain interlocuteur de voyage. Cette fois ci, c'est un homme seul qui me prit, 45 ans environ, dans une belle voiture, très classe. Je découvris que cet homme était thérapeute magnétiseur: il permettait à ses patients de faire disparaître les somatisations d'anciennes habitudes qui apparaissent régulièrement dans le corps. C'est un peu comme vider les poubelles, pour partir et avancer sur des bases plus solides et épurées. Autre particularité du bonhomme, il était en train de créer un temple bouddhiste à proximité de Genève. Comment ne pas croire à la loi d'attraction après de telles rencontres?! Ce dernier était tellement nourrit par la joie, l'enthousiasme et l'espoir que je lui transmettais, qu'il a décidé de faire le détour jusqu'à Montreux plutôt que de me laisser à Lausanne comme prévu initialement (nos routes s'y séparaient). Quelle expérience! Alors que les voyages sont habituellement fatigants, voici que je découvrais une méthode énergisante: en effet, quel dopage!!!

La vie dans les années

Le conducteur de bétaillère


Pour terminer sur mes expériences de stop, j'avais envie de vous confier celle que j'ai vécu pas plus tard que cet été. Partis pour Nantes avec mon copain, nous étions bloqués sur une aire d'autoroute près de St Etienne. Un conducteur de bétaillère nous proposa de nous emmener jusqu'à Angers: nice shot! Cela représentait plus des 3/4 de notre route. L'inconvénient étant que les poids lourds se déplacent très lentement, mais peu importe, nous décidions de prendre ce temps avec lui (près de 8h de conversation).

C'était un des rares chauffeurs à son compte qui avait repris l'entreprise de son beau père. Son travail consistait à conduire des boeufs et des veaux à la frontière Italienne pour qu'ils se fassent injecter des hormones (procédé interdit en France). Il récupérait ensuite les bêtes pour les emmener à l'abattoir de St Etienne où, bien sûr, le poids du boeuf avait largement fait augmenter sa valeur marchande... Forcément la viande se vend au kilo, les prix toujours tirés vers le bas...

C'était un homme de cœur qui aime les bêtes. Il était écœuré par son métier mais par loyauté à son beau père, il continuait (lui seul avait la capacité de faire vivre l'entreprise familiale). Il faut dire aussi que ce travail lui assurait une sécurité financière confortable: 40 000€ le convoi. Chaque bœuf aux hormones ayant une valeur d'environ 10 000€, sachant qu'il peut en transporter environ une centaine par trajet (plus que 60 une fois engraissé si mes souvenirs sont bons). Il nous racontait que l’abattoir de St Etienne avait ses congélateurs pleins car la marchandise n'arrivait pas à s'écouler si bien que ça... Il nous a également dit que la viande ainsi traitée portait le label "viande Française"...

Autre partie intéressante de l'histoire. Cet homme habitait dans une ferme où sa femme vivait de l'élevage de la viande également. Il nous racontait Oh surprise, que lui même envoyait ses propres bœufs en Italie. Mais pourquoi lui demandais-je? Sa réalité est que seul, il ne peut pas écouler sa marchandise. Dans sa production, une centaine de bœufs arrivaient à terme en même temps à peu près deux fois par an. Il pourrait aller lui même les amener à l’abattoir mais il faudrait alors qu'il trouve des bouchers pouvant écouler des tonnes et des tonnes de viande en quelques jours... Seules les grandes firmes agroalimentaires en partenariat avec des centaines de paysans peuvent faire cela. Or ces firmes, pour se faire de la marge, les envoient tous en Italie... la boucle est bouclée!

Quel bonheur d'être végétarienne! Selon lui, plus de 95% de la viande vendue en France suit ce procédé... ça laisse songeur n'est-ce pas?


samedi 12 mai 2012

Se libérer des mots

La réalité est si complexe que nous ne pouvons l'exprimer par des mots. Lorsque vous parlez d'un éléphant, vous invoquez son Essence pour que tout le monde puisse savoir de quoi vous parlez, mais vous êtes loin de décrire sa réalité! Pour communiquer, nous avons besoin d'utiliser ces mots afin de traduire nos expériences, nos émotions... Certains peuples premiers utilisent le langage métaphorique: cela fige moins la pensée. Savez vous également pourquoi la Torah n'était écrite qu'avec des consonnes? S'entremêlant avec différentes voyelles, chaque mot pouvait ainsi décrire un univers entier. Il n'y avait pas une lecture, mais bien plusieurs lectures. De même que les meilleurs livres sont ceux avec lesquels on redécouvre un niveau de compréhension à chaque relecture, les Kabbalistes réinterprètent la bible...  Nombreux sont les exemples qui nous montrent l'étroitesse des mots que nous utilisons insouciamment tous les jours...


Le pouvoir des mots

Dans un précédent article je parlais déjà de la notion de danger que comportent les mots positifs. En effet, le mot "projet" a remplacé le mot "hiérarchie", tout comme le mot "qualité" cache ses faiblesses... Le danger vient que les mots forgent notre pensée, source inconsciente de notre action. L'exemple donné par Franck Lepage est flagrant: il y a quelques années seulement, ceux que l'on appelle aujourd'hui des "défavorisés" étaient nommés "des exploités" dans le vocabulaire courant. C'est toujours la même personne et la même situation: dans un cas on a comme une envie de le sortir de sa merde et de s'indigner contre "l'exploitant", dans l'autre, on se dit que c'est la faute à pas de chance et qu'il n'y a rien à faire... De tels mots nous endorment.

Dans un autre article, je parlais également de la difficulté de répondre à une "sobriété heureuse" tant le bonheur était une notion inaccessible à chacun si l'on s'y prend de manière directe et frontale. En effet, la recherche du bonheur posée comme telle n'offre aucun mode d'emploi... En réalité le bonheur est le fruit d'une réponse à nos besoins intérieurs: les fameux besoins satisfaits dont parle la communication non violente. En parlant de bonheur sans comprendre les besoins humains, on tombe dans un jeu pervers où l'individu s'annonce heureux, mais n'a aucune clef de compréhension du véritable bonheur... Sans une compréhension profonde des mots que nous utilisons (et c'est un apprentissage perpétuel), nous nous créons nos propres blocages. Les mots nous enferment dans une vision étriquée que nous croyons complète.


Les relations humaines en jeu

Certains se diront peut être "je n'ai pas envie de me prendre la tête, j'assume l'endormissement et tant pis si ma vision du monde est faussée..." Ok, sauf que cela n'implique pas que vous! Les mots étant utilisés dans le langage pour communiquer avec les autres, ce fourvoiement crée des souffrances inutiles chez les personnes que l'on fréquente. Il y a une expression qu'un ami m'a cité récemment "l'enfer est pavé de bonnes intentions". Malgré toutes les bonnes intentions que vous pourriez avoir pour les personnes qui vous entourent, le pouvoir des mots vous empêchera de les réaliser. Cet enfer est un lieu de solitude et de division des êtres:

Prenez le cas de parents qui, remplis d'amour pour leurs enfants, les forcent à agir selon leur vision d'une vie heureuse. Les enfants sont coupés de leur nature car ils n'ont pas le loisir de rechercher ce qu'est le bonheur pour eux. Les parents sont contents car, même si leurs enfants ont une vie difficile, ils se sentent écoutés et considèrent avoir "de bons enfants"... Que dire de cet amour poussé par l'auto contentement? Notre vision du bonheur est-elle bien celle qui correspond à nos enfants? N'est-il pas important de se poser cette question pour ensuite être attentifs à leurs besoins (attention, il s'agit là des besoins de survie, d'interdépendance... pas des caprices) afin de les rendre véritablement heureux? Comment faire cette démarche pour eux, si nous ne l'appliquons pas déjà pour nous?


La méconnaissance de la nature des mots que nous employons nous divisent et nous enfer-ment. Croyant posséder les mots, nos discussion se transforment facilement en partie de ping pong virtuelle qui seront bien peu productive et génératrice de clivages... Souvent pourtant, une expérience viendra donner tout son sens aux mots qui dans un premier temps nous bloquaient lors du face à face. Le rôle des débats ou des blogs, pour moi, est de révéler des opportunités futures ou bien d'affiner sa vision présente grâce au retour d'autrui. Tout partage doit être motivé par une quête de vérité, ainsi, nous devrions tous être capables d'écouter un avis opposé sans avoir besoin de réagir si ce n'est pour clarifier les pensées... Souvent nos réactions sont plutôt motivées par de l'auto-défense, et la peur projetée de faire souffrir celui à qui l'on va opposer un argument nous coupe parfois d'un dialogue fructueux... Alors merci pour tous vos commentaires, de quelque nature qu'ils soient!

"Blesse moi avec la vérité, mais ne m'épargne pas avec un mensonge"

Nature et nature

Une amie m'a justement envoyé un article semblant s'opposer à mon dernier post sur les rapports homme-femme. C'est en y voyant Yves Bonnardel faire un amalgame entre nature et Nature, que je me suis rendue compte que je faisait le même dans ma tête [d'ailleurs celui-ci a relevé un autre amalgame: celui fait entre les mots loi et Loi, voir la fin de son article]. Il ne faut pas confondre la Nature en tant que milieu naturel et la nature d'un être. Il n'y a bien sûr pas d'être hors-Nature dans le sens où chacun a sa place sur Terre. Il existe cependant des actions hors-nature: ce sont celles qui sont coupées de notre moi profond. Or, pour contacter notre nature profonde, le libre arbitre de chacun doit pouvoir s'exprimer pleinement, sous peine de se retrouver en peine à obéir à un ordre Naturel que l'on nous aurait instruit. Nous devons pour cela sortir au maximum des schémas de la société...

Peu de personnes sont malheureusement dans cette volonté. La colère de l'auteur qui souhaite "en finir avec l'idée de nature" répond donc à un constat réel: une révérence inconditionnelle à tout ce que le mot nature évoque en nous, à commencer par la peinture verte des publicitaires... Heureusement, un indice peut nous indiquer si notre nature s'exprime ou non: la fluidité et le plaisir qui surgit dans nos vies à chaque instant. Plutôt que de suivre la berge du fleuve sinueuse, imprévisible et légère (le courant est moins fort sur la berge), ne pas écouter sa nature revient à ramer à contre courant au milieu de la rivière... Le piège, souvent est que le milieu du fleuve est rassurant: on a l'impression de mieux savoir où l'on va... mais à quel prix? La plus grande difficulté est donc d'apprendre à ne pas se mentir à soi même, et à reconnaître en soi les moments légers de ceux où l'on rame un peu trop fort...

J'illustrerai ce principe en montrant en même temps que la nature d'un être s'exprime différemment en fonction des contextes, et doit être sans cesse réinterrogée. Lorsque j'exerçais mon métier d'ingénieur, j'étais en plein apprentissage: ma nature curieuse s'exprimait. J'ai passé 2 années à travailler ainsi, et cela était juste pour moi car tout était fluide. Passé ce temps, l'apprentissage s'estompait et j'ai découvert une nature plus sauvage faire surface: je ne tenais plus sur une chaise, je m'indignais sans cesse contre la société sans avoir la liberté de mes actions et je dépassais régulièrement les bornes qu'on me posait: j'ai perdu la berge et ramais au milieu d'un torrent en crue! J'aurais peut être pu endormir cette nature en me "raisonnant" sur la condition inespérée de travailler dans ce qui fait ma passion (l'écoconstruction) et dans un cadre très sympa qui plus est. Mais ce travail se révélait à cet instant, aller à l'encontre de ma nature. A la grande incompréhension de tous, je le quittai.


"Ecoute ton coeur"

Ce qu'est l'Essence


A la suite de cette précision entre nature et Nature, restait encore un flou en moi: quel est le lien entre la nature et l'Essence? Il me semble que, plus nos actions correspondent à notre nature, plus elle se font avec aisance et facilité, plus nous approchons de notre Essence. C'est aussi en recherchant cette Essence que nous pouvons expérimenter des actes qui nous rapprocheront peut être de notre nature. Les Essences proposent un rôle à l'homme et à la femme, mais ce rôle détermine bien une façon d'être, plutôt qu'une action précise. Dire que la femme doit être au foyer la cantonne à un certain type d'action indépendant du contexte et de son ressenti. Or sans contact avec le ressenti, il n'y a pas de contact avec sa nature profonde... On est loin de l'Essence!
Dire que l'Essence de la femme se situe dans l'accueil et la vulnérabilité ne la contraint en rien à une action prédéterminée. C'est à chacun-e d'explorer cette dimension que l'on s'autorise peu de nos jours, pour mieux contacter notre nature intérieure et harmoniser les domaines de notre vie qui ne sont pas fluides. C'est à chacun-e de trouver sa façon d'agir en fonction de son ressenti et du contexte qui lui sont propres, en programmant s'il le faut des temps d'inconfort pour mieux comprendre ce que l'Essence a à apporter... Car l'Essence est un guide, sa recherche initiatrice.

L'initiation commence justement lorsque nous devons apprendre à reconnaître en nous notre nature Ying Yang que décrit la sagesse Asiatique. L'un des enseignements de ce symbole est qu'en chacun de nous se côtoient l'Essence du féminin et du masculin. Cependant, il est important de comprendre que le féminin de l'homme (l'anima) ne s'exprimera pas de la même manière que le Féminin de la femme. Et inversement. Ainsi, à notre époque, beaucoup de femmes ont adoptées une Essence Masculine, réalisant une attitude très "rude" pour pouvoir accéder aux milieux de pouvoir détenus par les hommes. L'aspect féminin de certaines ne fait que recouvrir l'adoption d'un comportement plus pénétrant qu'accueillant... Cette étape était sûrement une étape nécessaire, mais ce n'est plus en imitant la lutte et la confrontation masculine que les femmes pourront exercer leur féminité profonde et permettre aux hommes d'accéder à la leur. Comment permettre à ceux ci de trouver le chemin de leur propre anima si les femmes qu'ils ont en face leur montrent uniquement les caractéristiques d'une société patriarcale déviante? Que cela ne nous empêche pas de lutter si nous en ressentons le besoin! Mais apprenons à lutter avec fluidité, dans l’accueil et le plaisir...




La nature floue de la vie et des Essences

Un deuxième enseignement du symbole Ying Yang, pour moi, est que tout n'est pas blanc ou noir. Pendant que le monde occidental se construisait sur une logique binaire (1 ou 0 / bien ou mal), les asiatiques, eux développaient ce qu'on appelle la logique floue. Bien que les deux logiques aient leur intérêt pratique, il me semble que nous ayons tout intérêt à nous intéresser à cette dernière, pour nous familiariser avec des notions réelles que nos problèmes d'éthique ont du mal à cerner:
"La définition même de « l'humain » reste extrêmement floue. Les fœtus sont-ils des humains ? Quid des spermatozoïdes ou des ovules ? Quid des individus en coma dépassé, que l'on se sent obligés de déclarer en état de « mort clinique » (alors qu'ils restent indubitablement vivants) pour s'autoriser à les « débrancher » ? Le critère de l'humain ne correspond ainsi en rien à une définition scientifique qui serait acceptable par chacun, indépendamment de ses présupposés philosophiques ou théologiques." Yves Bonnardel
Il n'existe pas une définition exacte de l'humain, incroyable non? Pourtant, en Essence, on comprend tous ce qu'est un humain! Avec un raisonnement calqué sur la logique floue, nous pourrions conventionnellement fixer le degrés zéro de l'humain aux spermatozoïdes par exemple, et exprimer que l'embryon se rapproche de l'Essence humaine au fur et à mesure de sa croissance... Ensuite à nous de voir si un début d'être humain doit répondre aux même règles qu'un être humain complet... Il n'empêche que la dénomination laisse déjà plus à réfléchir je trouve.
De la même façon, j'avais pu constater avec mes recherches sur le temps (qui feront l'objet de futurs articles) à quel point notre monde occidentalisé avait inventé la précision. En effet, le temps scientifique nous fait distinguer jusqu'aux micro secondes, et nous sommes quasiment tous dépendants d'un agenda parfois chargé à la demi heure près:
"En Afrique subsaharienne, la mesure du temps n'est pas quantitative et la notion d'exactitude y est inconnue. Tout se fait par petites touches, par approximations. Du temps et de sa maîtrise, les cultures africaines semblent dire, par ce vague qu'elles entretiennent, que toute production d'un calendrier est une écriture en marge de la Nature." Pr. Balandier
Dans "introduction à la pensée complexe", Edgar Morin rejoint également ce constat: bien que l'on puisse fonctionner en connaissant les Essences de l'amour et de l'amitié, plus on essaye de les définir, moins leur frontière sera distincte... L'homme occidental, n'a plus conscience de cette qualité essentielle de la Nature. Il est illusionné par la croyance d'un temps réduit à un support millimétré lui permettant d'organiser ses projets. Illusionné également par les mots et les définitions dont il a besoin pour comprendre le monde. En pratiquant une plus grande attention à la nature du temps et de la vie, nous pourrions bénéficier à la fois des avantages d'un monde précis tout comme de ceux issus de ce monde ouvert aux hasards et aux synchronicités.

Chercher son Essence, Trouver son pouvoir

Les Essences de l'homme et de la femme sont également floues! Il n'en reste pas moins qu'elles existent et sont différentes... Bien trop souvent, j'ai pu constater cette logique implacable disant que "puisque l'homme et la femme doivent devenir égaux, ils ne doivent pas être différenciés". Les erreurs du passé amènent notre esprit rationnel à supprimer la cause estimée de notre mal être: en gommant les différences homme-femme, aucun risque de retomber dans les schémas sclérosants de l'homme travaillant pour la femme au foyer... Pourtant, l'égalité de l'homme et de la femme doit elle nous soustraire à leur complémentarité naturelle? Bien sûr que cette fameuse complémentarité est recherchée et appréciée, c'est bien le but de l'égalité des sexes... Cependant, en ne permettant pas à chacun d'entrer pleinement dans son essence, ne nous coupons nous pas d'une réelle force?

Que serait une société où l'on nierai la différence entre l'amour et l'amitié sous prétexte qu'il existe de "l'amitié amoureuse" ou encore de "l'amour amical"? Adolescente, je me trouvais justement en pleine confusion avec mon premier amour... En m'interrogeant sur l'Essence de l'amour et de l'amitié, une seule réponse m'étais apparue: "si je l'aime vraiment, je devrais pouvoir être totalement moi-même avec lui". Ce n'était pas le cas, alors j'ai rompu. Interroger l'affirmation de son identité est vraiment la pierre de touche pour détecter UNE frontière entre les Essences, celle dont nous avons besoin dans un certain contexte de vie pour nous permettre de trancher et agir... 

Concernant les Essences de l'homme et de la femme, le cas est encore plus complexe. Difficile en effet de voir si la complémentarité des genres exerce son plein potentiel! Dans le cas de mon premier amour, je pouvais aisément juger de mon comportement avec ou sans lui. Concernant ma propre Essence, difficile de savoir si je suis pleinement moi même sans chercher à l'expérimenter et donc sans chercher à me définir... En choisissant de rompre avec mon premier amour, j'ai gagné un pouvoir énorme sur ma vie. Nier la différence entre l'homme et la femme, c'est retomber dans une confusion d'adolescent qui nous pousse à adopter des comportements, souvent incohérents avec notre nature profonde. La recherche de l'Essence pousse vers notre recherche d'identité, nous faisant gagner en liberté sur nous même et construisant une complémentarité soudée avec l'autre sexe.


Transcender la logique binaire

Je pense que cette appréhension de certains à toucher aux Essences vient de notre logique de pensée. Notre société rationnelle pensait pouvoir décrire le monde avec un modèle carré et précis, un univers Newtonien où toutes les expériences peuvent être isolées et mises à l'étude. Mais nous ne changerons pas la réalité, et celle ci est floue, ses frontières indéfinissables! Bien que la science réalise des progrès certains dans ce domaine, il n'en reste pas moins que nos esprits ont du mal à jongler avec ces notions. Nous avons appris à fonctionner avec une vision très précise de nos projets, du temps, de nos idées, mais la Nature n'a pas l'intention de rentrer dans le rang...
"Dans la vision classique quand apparaît une contradiction dans un raisonnement, c'est un signe d'erreur. Il faut faire marche arrière et prendre un autre raisonnement. Or, dans la vision complexe, quand on arrive par des voies empirico-rationnelles à des contradictions, cela signifie non pas une erreur mais l'atteinte d'une nappe profonde de la réalité qui, justement parce qu'elle est profonde, ne peut être traduite dans notre logique." Edgar Morin

Le processus de recherche des Essences, tout comme les débats sont important pour modeler notre identité et notre vision du monde. En restant braqués sur des mots pour décrire le monde et en débattre, on passe à côté d'une réalité bien plus complexe. Avez vous noté comme notre intelligence est étriquée? Avez vous ressenti l'intelligence remarquable dont semble dotée la Nature? En me confiant à mon ressenti intérieur, à ma nature profonde, j'ai fait l'expérience répétée de voir apparaître l'harmonie: ces moments où tout semble prendre une place parfaite, un chemin empli de synchronicités. C'est par un dialogue permanent avec notre nature profonde et dans nos relations avec autrui que "le monde empirique transcendera tout délire logique" (E. Morin)... La vie nous demande d'interroger notre cœur pour sortir de la prison des mots, cesser de nous diviser sur des idées et affirmer notre identité, tout en nous confiant à cette intelligence qui nous dépasse.


Libérons nous des mots par nos cœurs qui battent le rythme de notre nature profonde!

lundi 23 avril 2012

Eloge de l'inconfort programmé

"J'ai envie de me mettre au bord de la falaise et de sauter en faisant confiance à la vie pour là où elle me portera!". C'est la phrase que je répète de plus en plus à mon entourage tant cela me démange de goûter à la surprise, à la beauté et à la satisfaction de voir ma vie évoluer par l'inconfort programmé dans lequel je plonge mon quotidien! J'ai pris goût à la prise de risque depuis que j'ai participé à l'organisation d'un événement où nous avions décidé de ne pas appeler de sponsors et de faire confiance à la vie pour ce qui viendra. Tout est venu. Depuis j'ai quitté mon emploi pour apprendre de ce que me réserve la vie. De manière plus douce, mais également instructive, j'ai adopté une alimentation végétarienne voire crudivore et je remet de plus en plus en question les différents domaines de ma vie... Toutes ces mises en abyme me permettent de vivre si intensément que demain si je devais mourir, je sais que j'aurais pleinement profité de mon temps sur Terre!

Jacques Pezeu-Massabuau - Éloge de l'inconfort

Ce livre m'a permis de mettre des mots sur les mécanismes qui se jouaient en moi et en nous tous. Voici en résumé ce qu'il nous enseigne:

La vie est tellement imprévisible que viser le bien être par le confort n'est qu'une douce utopie! Comment profiter et rebondir sur les surprises de la vie en traînant un immobilisme de pensée et de comportement?! Le confort intellectuel (je ne parlerai que de celui là ici), prend sa source dans le passé où le "moi" retrouve un terrain connu. Ce bien être illusoire est accompagné du sentiment d'appartenance à une société qui, la plupart du temps, a construit les normes de ce confort. Nous tombons dans un conditionnement social où les habitudes et mécanismes automatiques nous permettent d'oublier cet inconfort moral de n'être plus soi :
"Je me construit ainsi un pseudo moi décrété libre, préservant un semblant de confort existentiel tout en demeurant soumis au jeu des nécessités, normes, divergences sociales qui m'ont définies en tant que moi et sans lesquelles je ne serai pas."
Ce conformisme est nécessaire à la sécurité affective de l'être qui se retrouve seul dans cette société à l'individualisme triomphant. Là où les sociétés premières faisaient face collectivement aux événements de la vie, l'individu se retrouve aujourd'hui seul et sans armes. Pour faire face, nous nous enlisons dans le lit douillet de nos avantages, privés d'interdépendance pour le soutien et la confiance réciproque, réduits à nous plaindre et à revendiquer.
"Ces trompeuses satisfactions cachent un inconfort généralement dénié mais dont chaque minute d'introspection révèlent la profondeur et le caractère inévitable"
Pour exercer nos véritables choix individuels, nous avons la possibilité de perturber notre quotidien, créant ainsi de l'inconfort, ultime espace du libre arbitre. L'homme est en recherche d'euphorie permanente, moteur de l'action dans l'acceptation d'un certain inconfort, moteur de la destruction dans un hédonisme automatique et par là même irréfléchi. Seule la connaissance du confort et de l'inconfort permet de choisir, d'exercer son libre arbitre...
"On sait que les codes - du beau et du laid, du misérable et du luxueux, du bon goût et du mauvais, de l'utile et du superflu et tout simplement du bien et du mal - sont nés et subsistent moins d'un consentement universel que par et pour des catégories sociales détentrices de l'autorité, de l'argent et du goût. Chez soi comme à l'école, on a appris à y voir un certitude légitime car fondée sur le silence, la coutume et la loi et non sur la vérité, intime et profonde de nos instincts et du corps [...]. Il est temps de faire retour sur ces leviers de la pensée dont chaque civilisation pèse sur nos réflexions et nos actes."

De l'inconfort à l'inconfort programmé...

Dans un univers où l'usage des commodités nous borne dans notre quête d'autonomie, nous oublions de remettre en question les standards qui font notre vie. Nous tombons alors dans une uniformisation de la pensée, un moutonnage politique qui va secrètement à l'encontre de nombreux idéaux. Par peur de l'inconfort, nous pavons notre vie, envers et contre tout, d'une voie intellectuellement satisfaisante mais génératrice d'une souffrance silencieuse. Nous ne faisons plus confiance en la vie, à sa beauté surprenante et enivrante, loin de tout repères...
"Le véritable bonheur d'exister naît du mouvement perpétuel vers une image à conquérir: non un ici et tout de suite, mais un départ sans cesse recommencé"
Cherchant à sortir des carcans de la société, l'auteur se lève tôt pour un footing et une douche froide. Il imagine ainsi avoir choisi cet espace de libre arbitre. Mais, si son choix se fait en réaction à la notion de confort donné par la société, et que l'inconfort perdure, il n'en est pas moins dépendant. En effet faire une chose ou son inverse dépend à chaque fois de la chose originelle. Où est le libre arbitre là dedans? Par contre, si sans savoir, la douche froide devient pour lui un élément de confort, alors cet inconfort temporaire lui aura permis de découvrir une autre vérité pour lui même. C'est là une toute nouvelle source de confort et de connaissance de soi: l'inconfort aura alors joué son rôle!

L'idéal est d'explorer ses zones d'inconfort en les programmant sur une courte période afin de mieux réaliser en quoi nous nous enfermons quotidiennement. Par exemple, il est possible pour chacun d'observer 21 jours de végétarisme ou de crudivorisme pour mieux se rendre compte de ses effets sur le corps, ce que cela produit en nous ou contre nous pour ensuite avoir un réel choix en face de soi: en connaissance de cause! Pour ma part, j'y ai découvert une légèreté du corps et de l'esprit ainsi que de nouvelles saveurs grâce à des recettes qu'on n'irait jamais chercher en tant qu'omnivore... Sans parler bien sûr de la déculpabilisation envers le traitement animal: j'ai donc choisi de devenir végétarienne! De même j'ai découvert par mes périodes de crudivorisme que je pouvais vivre en ne dormant que quelques heures par nuit: une vrai libération!


...pour libérer sa créativité

Ces premiers exemples personnels montrent les bénéfices individuels que chaque individu pourrait trouver à l'inconfort. Voici maintenant la puissance collective que revêt ce dynamisme, une puissance que les peuples premiers, et nous même à l'époque des Gaulois et des Celtes connaissions parfaitement! Les initiations avaient autrefois ce rôle de toucher les limites de la société et de nous permettre d'en sortir de manière sécurisée et acceptée. Par l'inconfort programmé en conscience, chaque être humain retrouvait son libre arbitre, un véritable choix de vie et une vision élargie! Chaque initiation faite en conscience permet à l'individu de reprendre contact avec sa nature intérieure, libérant ainsi sa créativité qu'il pourra alors offrir au monde...
"Ne vaut il pas mieux commettre une erreur créative qu'une œuvre de bon goût stagnante?" Philippe Starck (célèbre designer)
Mais pourtant la société tourne, et nos artistes s'occupent de nous fournir la créativité hors norme dont nous avons besoin pour nous titiller de temps à autre! En êtes vous si sûrs? Que se passerait-il dans nos métiers si nous nous mettions tous à devenir créatifs? Ingénieusement créatifs? Quel serait le comportement des gens dans la rue, une fois qu'ils auront touché leurs véritables besoins? Car "nous avons tous besoin d'ivresse!". C'est ce que constate Pierre Yves Albrecht en sortant de jeunes "drogués" des affres d'une vie qui ne les comprenait pas. Par la réintroduction des "initiations" que nos sociétés ont perdues, cet homme réussit le prodige renouvelé de faire reprendre contact avec la vie, ces êtres en manque d'intensité...Un exemple parmi d'autres de ce dont nos sociétés auraient l'air si nous acceptions un peu plus de nous plonger dans l'inconfort d'une vie intense...

Et vous qu'avez-vous avez mis en place dans votre vie pour la vivre plus intensément?